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Thursday, April 7, 2011

L’islam, fumée inodore dans la prison d’« Un prophète »

Malik, 19 bougies, une condamnation, un voyage en prison. Six années, enfermé. Son visage, ab?mé par les lames qui l’on perforé violemment. Son visage, égratigné par les coups. Les gifles. Les points. Pas un visage, une gueule (photo). Une gueule à l’ombre des barreaux qui s’y dessinent parfaitement. Et une gueule illuminée, à trois reprises seulement. Trois sourires, dents éclatantes, qui envahissent le grand écran. On ne voit que lui, ce sourire lumineux, radieux, qui fr?le le divin.
La première fois, premier shoot avec un compagnon de cellule. C’est No?l, la prison prend des couleurs, mais le Père No?l ne passera pas. Le second sourire, pure et intriguant, c’est lors d’une permission. Pas lorsqu’enfin il sent la liberté, non, mais quand il fusille et explose des cranes. Des cranes de mecs qu’on lui a demandé d’assassiner, froidement. Il l’a fait. Enfin, dernier sourire, lorsque… On n’en dira pas plus. Ces trois scènes, exceptionnelles, résument à elles seules le film de Jacques Audiard, ? Un Prophète ?. Un conte noir et sombre, jonché d’espoir, porté par un acteur qui n’a pas de fini de monter.
On a dit beaucoup du film d’Audiard. Mais on a quasiment oublié un aspect. La religion qui s’invite en milieu carcéral. Des corps s’abaissant au nom d’Allah, qu’aper?oit de loin Malik. Il ne les rejoindra pas, croit-on. Restera avec les Corses, sous leur protection. Mal vu par les ? barbus ?, Malik, parce qu’il s’attarde dans le camp opposé. Et mal vu par les Corses parce qu’il devrait être avec les siens, les Arabes. Tiraillé, déchiqueté, comme renié de tous les c?tés, Malik.
Des barbus qui magouillent eux aussi et se font justiciers dans les bagarres qui éclatent. Qui donnent du ? frère ? à Malik et lui font les yeux doux pour qu’il les rejoigne. Les djellabas face à des Corses tout aussi manipulateurs et avides de pouvoir sur la prison. Malik, l’enjeu : qui rejoindra-t-il ? Ralliera-t-il seulement un camp ? La religion islamique, elle, se diffuse comme une fumée inodore dans les allées des prisons.
Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

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